Les travailleurs sociaux libres

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Ados et obésité : se reconstruire en perdant des kilos

Capvern. Les ados viennent perdre des kilos mais aussi se reconstruire

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Publié le 25/05/2013

 

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à la Maison d'enfants, le groupe devient une famille qui soutient et permet de retrouver le sourire. /Photo DDM, P. C.

 

Les 24 et 25 mai sont les Journées européennes de l'obésité. En Midi-Pyrénées, plus de 65 000 enfants souffrent de ce problème de santé. Chaque année, la MEDT de Capvern-les-Bains (65) accueille 54 jeunes qui viennent y perdre du poids et s'y reconstruire, aussi…

 

Duo improvisé au balcon… Marie et Mélissa chantent, répétant pour la fête de fin d'année. Hésitation au couplet… leur éclat de rire éclaire soudain l'académique façade Belle époque. Autrefois, ici c'était le Grand Hôtel Beau Séjour, fleuron de Capvern, petite ville d'eau des Hautes-Pyrénées. C'est dans ce cadre exceptionnel que s'est installée ,en 1992, la Maison d'enfants diététique et thermale (MEDT) de Capvern-les-Bains, spécialisée dans la prise en charge de l'obésité infantile.

 

«Chaque année, nous accueillons une cinquantaine de jeunes, de 10 à 17 ans, venant de toute la France, et souffrant d'obésité résistante. Ils nous sont adressés soit par leur médecin soit par l'équipe du Réseau de prévention et de prise en charge de l'obésité pédiatrique, le Réppop Midi-Pyrénées, basé à l'hôpital des enfants du CHU de Purpan», précise le Dr Jean-Louis Roggero, directeur de l'établissement qui évalue chaque cas avant admission.

 

Premier accueil d'une quinzaine de jours pendant les vacances scolaires ou d'un mois durant l'été afin de jauger volonté et capacités d'adaptation à la vie commune avant d'intégrer le séjour curatif de 10 mois durant toute une année scolaire… Ici, il n'y a pas de recettes miracles pour perdre du poids, mais une approche patiente et individualisée «car l'obésité est multifactorielle» rappelle Jennifer Schlick, 27 ans, éducatrice spécialisée.

 

Carapace et blindage…

 

De fait, sédentarité, nourriture abondante facilement disponible et prédispositions génétiques se conjuguent le plus souvent aux origines de cette maladie qui s'étend. Elle touche désormais 7 millions de personnes, en France… soit 3,3 millions de plus qu'en 1997 et l'on évalue actuellement à plus de 65 000 le nombre d'enfants obèses en Midi-Pyrénées.

 

«Mais le surpoids est aussi souvent lié à un drame personnel voire à de la maltraitance», souligne le Dr Roggero. De fait, «c'est un «blindage», une «carapace» qu'on se fabrique quand on a le cœur gros», résument plusieurs pensionnaires.

 

Consolation par la nourriture : «Quand mon père est mort…», commence Camille qui pesait 90 kg pour 1,52 m à son arrivée. «Quand je mangeais, j'allais bien, alors mon père me laissait manger et comme maman était partie, on allait tout le temps au McDo», explique sa voisine. Chagrins profonds qui se doublent d'une autre douleur : l'exclusion… «Je n'oublierai jamais ce jour de pluie où des élèves m'ont balancée dans la boue avec mon sac en me traitant de cochon. Depuis le primaire, j'étais le bouc émissaire, mais les années de collège ont été les pires. Quand le docteur a dit à ma mère que j'allais me jeter sous un camion, j'ai pu venir ici», raconte Marie.

 

Le collège, l'enfer ? Tous décrivent le «racisme anti-gros», l'impunité des bourreaux. Et l'«insupportable regard des autres». «Parce qu'à l'adolescence, il y a tout qui travaille. Il faut plaire aux garçons, c'est la vérité», lâche Maïly, rouvrant le débat sur «le besoin de se sentir aux normes», «dictature des apparences» qui pousse à se détester. Tyrannie dont ils apprennent aussi à s'affranchir ensemble pour se reconstruire, au fil des mois. «Parce qu'ici c'est comme une famille. On est tous là pour la même cause et la solidarité du groupe nous réapprend à marcher la tête haute», s'accordent-ils. Famille, le personnel qui veille sur leurs menus étudiés, idéal potager peint sur les murs du réfectoire. Famille, ces garçons, «frangins» sur leur trente-et-un qui partent à Bagnères pour le défilé de mode auquel ils vont participer. Car «on travaille à faire tomber les préjugés pour qu'ils apprennent à se plaire», explique leur éducatrice.

 

De fait, ici, maigrir durablement ne se limite pas au sport quotidien ni à garantir «la santé dans l'assiette». «Il faut aussi reconstruire la confiance en soi en reconstruisant une compétence scolaire» souligne le Dr Roggero.

 

Internat, cours à Garaison… Pas tous les jours évident, le rythme est soutenu. «Mais j'adore les études», sourit Nancy qui s'impose comme les autres une discipline permanente. 105 kg pour 1,62 m en septembre, 85 au printemps... Dans les chambres, seuls les lits superposés savent le poids des larmes derrière cette volonté. Couvertes de graffitis en forme de cœur, les gosses s'y disent des «love», y réclament des bisous, des câlins, s'y jurent des fidélités éternelles. Petits mots qui ramènent à l'essentiel : un incommensurable besoin d'amour.

 

Pierre Challier

 

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2013/05/25/1634496-capvern-ados-viennent-perdre-kilos-aussi-reconstruire.html



28/07/2013

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