Les travailleurs sociaux libres

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Amar Henni : « Il faut faire revenir les éducateurs de rue dans les quartiers »

Enrayer la mécanique du crime : Les travailleurs sociaux doivent d’urgence intervenir hors de l’école pour sortir les jeunes de l’intégrisme ou de la délinquance.

Les jeunes des quartiers populaires livrés à eux même, entre drogues, intégrisme religieux, délinquances et règlement de compte fatal, le meurtre s'est banalisé. Avec l'abandon des institutions publiques, Amar Henri éducateur et anthropologue, préconise le retour des éducateurs de rue dans les quartiers.

 

En ce qui concerne le fait religieux, les travailleurs sociaux devront composer avec le respect de la liberté de culte, et trouver la juste mesure pédagogique et éducative dans leurs interventions, faute de quoi, l'action éducative recherchée sera inefficace, avec le risque d'une plus grande confusion chez les jeunes. N'oublions pas que la majorité des jeunes des quartiers n'ont pas ou plus confiance dans les institutions, n'ayons pas peur de le dire, la République les a abandonné depuis longtemps. Un sentiment qui est devenu une douloureuse réalité, partagé par l'ensemble des gens qui vivent dans ces quartiers. Toutes ces personnes (jeunes, adultes, familles) ont besoin d'espoir, de perspective positive, de pouvoir vivre normalement, avec des projets de vie qui leur permettront d'accéder, à la culture, aux savoirs, à la connaissance, à l'éducation, au travail et à la promotion sociale. Voilà ce à quoi aspire tous ces jeunes. Entre promesses et engagements politiques non tenues pour aider cette jeunesse qui meurt, ils se sentent trahis, ils n'ont plus confiance. Bien sûr que les éducateurs de rue sont essentielles dans ces quartiers, mais les éducateurs ne sont pas des ZORO ! Ils ne régleront pas seuls toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes, sans le soutien de l'Etat et du retour des institutions dans, ou à proximité des quartiers.

 

Ainsi, L'Etat est garant de la liberté religieuse :

La loi de 1905 dans son article 1er reconnaît la liberté religieuse : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. Elle prolonge ainsi l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui consacre la liberté d’opinion, même religieuse. La Convention européenne des droits de l’homme prévoit également dans son article 9 que la liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. Sont ainsi garanties la liberté de conscience et la liberté de manifester son appartenance religieuse. La liberté religieuse suppose la liberté pour chacun d’exprimer sa religion, celle de la pratiquer et celle de l’abandonner, dans le respect de l’ordre public.

Ceci implique notamment pour l’Etat et les services publics la neutralité face à toutes les religions et à toutes les croyances et, malgré la suppression du service public du culte, l’Etat, se doit de rendre possible l’exercice et la pratique du culte (...).

Source :http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/etat-cultes-laicite/liberte-religieuse/

 

Nous vous laissons découvrir cet article dans son intégralité. Bonne lecture

 

 

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Amar Henni : « Il faut faire revenir les éducateurs de rue dans les quartiers »

 

Faute d’adultes référents, les jeunes des cités n’ont plus affaire qu’à des caïds et à des policiers, estime l’anthropologue et éducateur. Les travailleurs sociaux doivent d’urgence intervenir hors de l’école pour les sortir de l’intégrisme ou de la délinquance.

 

LE MONDE | • Mis à jour le |

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Par Amar Henni (Educateur et anthropologue)

Dans un contexte marqué par les attentats, les récents affrontements entre jeunes et policiers dans les banlieues françaises, l’agression de quatre fonctionnaires à Viry-Châtillon (Essonne) ont ranimé l’éternel débat sur les mythes des « zones de non-droit ». Cependant, parler de « ghettoïsation » n’est pas approprié. La question centrale est celle de l’éducation, et nous devons réinvestir cette question éducative, pas seulement dans le cadre scolaire, mais aussi en dehors de l’école avec des professionnels.

 

Il existe chez certains jeunes ce que j’appelle une « banalisation de la mort », apparue dans le milieu des années 1980. La désindustrialisation et l’intrusion de l’héroïne dans les quartiers ont fait des ravages. Ce sont des milliers de décès qui ont été passés sous silence ; ils n’ont pas compté comme des enfants d’ouvriers mais comme des « toxicos » ou des voyous.

 

Dès lors que la drogue avait envahi les quartiers populaires, des « vocations » de trafiquants se sont multipliées. Et avec elles, des mécanismes propres à la délinquance se sont imposés. Des jeunes pouvaient avoir grandi dans le même quartier, avoir les mêmes origines sociales et s’entretuer pour défendre leur « réputation ». Ainsi, le meurtre s’est banalisé. La mort ne relevait plus du sacré. La liste de jeunes tués par des forces de l’ordre, par des gardiens d’immeuble, par des agents de sécurité ou par d’autres jeunes pour un regard, une futilité venaient conforter un « imaginaire » où tuer ou se faire tuer devenait banal. Nous sommes même passés d’une « banalisation de la mort » à « une banalisation du crime ».

 

En l’absence de pratique éducative hors de l’école, la religion a pris le relais pour contenir les dérives des adolescents

Paradoxalement, beaucoup de professionnels ne voulaient pas prendre la mesure des dangers que présentaient ces lois du quartier par lesquelles nombre d’adolescents étaient trop souvent attirés. En effet, ils considéraient que ces « jeunes » ne relevaient plus de leur responsabilité parce qu’ils étaient hors-la-loi, abandonnant toute approche éducative auprès de ces enfants. Nous étions encore quelques-uns à dénoncer le fait que, plus largement, l’Etat ne voulait plus assumer sa mission éducative auprès des enfants et des adolescents durant leur temps libre. En l’absence de pratique éducative, la religion prenait le relais pour contenir les dérives des adolescents ralliés aux codes du quartier.

L’échec des « grands frères »

A partir de la seconde moitié des années 1980, les éducateurs de rue ont progressivement été remplacés par la politique des « grands frères ». Ce fut un échec redoutable pour les politiques éducatives. Puis les politiques sécuritaires se sont imposées, avec les lois Perben 1, les lois de septembre 2002 modifiant profondément la politique judiciaire des mineurs. A partir de là, j’affirme que « l’interlocution éducative », c’est-à-dire le fait de travailler à l’éducation des enfants hors de l’école, n’a plus été une priorité. Le rapport des institutions aux jeunes, disons de l’Etat aux jeunes, s’est qualitativement transformé. La défiance s’est substituée à la confiance.

 

Ce n’est pas un hasard si, à nouveau, nous parlons de « cités de non-droit » ; c’est là une façon de convoquer le mythe du ghetto. Le ghetto sous-entend que l’on regarde ses habitants à travers le prisme de l’immigration, de la délinquance ou des terroristes potentiels. Des catégories de « sous-Français » se dessinent. Elles occultent le recul de l’Etat dans ces quartiers et favorisent les raisonnements punitifs, au détriment des valeurs éducatives.

 

En dehors de toute culture de l’excuse, nous devons prendre en compte la vulnérabilité de ces enfants et de ces jeunes en rupture, comme la nécessité de les protéger d’eux-mêmes. Toute sanction doit permettre de sortir de cet état temporaire qu’est la délinquance par des mesures éducatives. Maintenir un principe éducatif est essentiel, en particulier en dehors de l’école avec des jeunes qui en ont été écartés ou qui s’en sont écartés.

Enrayer la mécanique du crime

Si les formes de délinquance, souvent mises en avant dans les discours institutionnels et politiques, peuvent être réelles, elles n’en sont pas moins secondaires par rapport à la responsabilité de l’« interlocution éducative ». Il faut que des éducateurs aguerris puissent : d’une part, constituer et pratiquer une « interlocution éducative », c’est-à-dire intervenir auprès de jeunes que les institutions considèrent comme incasables et irrécupérables ; d’autre part, apporter une « contradiction » pragmatique aux certitudes qui animent la perception sociale de certains de ces jeunes, comme défaire leurs théories du complot par une discussion critique.

 

En aucun cas, en revanche, il ne faut que des autorités politiques sollicitent l’intervention du religieux pour parfaire l’éducation des jeunes. La séparation de l’Eglise et de l’Etat n’a jamais été envisagée de cette manière. Bien évidemment, ces travailleurs sociaux auxquels je fais référence ne pourront venir à bout des comportements de jeunes déjà endoctrinés, car ceux-ci relèvent de compétences et d’acteurs multiples très spécifiques. De même qu’il ne s’agit pas de se substituer aux prérogatives de l’armée, aux enquêtes de police et de faire comme si le cynisme des terroristes n’avait pas déjà gangrené plusieurs générations de Français. Mais il s’agit avant tout d’éviter que d’autres jeunes ne s’engouffrent dans la mécanique du crime. C’est pour cela qu’il est temps de mobiliser les professionnels et les militants de la cause des enfants.

 

Amar Henni est éducateur, anthropologue et membre de l’Observatoire international des banlieues et des périphéries, rattaché à la Maison des sciences de l’homme et à l’université Paris-VIII.

 

 



26/10/2016

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