Les travailleurs sociaux libres

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le travailleur social, la violence et la mort

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Le travailleur social, la violence et la mort: quel collectif pour l'individu au travail?

bonjour, je suis en deuxième année d'études au CNAM chargé d'accompagnement social et professionnel. J'ai travaillé douze ans en CHRS et en CAU.
j'ai vécu des situations de violence, ai eu peur pour ma propre vie, celle de mes collègues ou des résidents (conditions de travail: isolé avec une cinquantaine d'hommes, on fait tout: cuisine, médocs, argent, lever coucher et gestion des conflits plus situation d'alcoolisation++++ etc etc). dans le cadre de mes études, j'explore un thème de rapport annuel: comment le travailleur social est-il préparé à se confronter à des situations de mort, de fin de vie dans son travail. En explorant le sujet, des travailleurs sociaux m'ont renvoyée à une nouvelle problématique: la peur pour sa propre vie, notamment à cause de la violence, de la présence de couteaux, une fois même, une arme à feu, et la passivité du collectif, de l'institution, qui dénie et banalise tout ce qu'il se passe de grave -parfois des morts spectaculaires de résidents- en les imputant au mode de vie des usagers -appelés clients-)

La DDCS a diagnostiqué le danger encouru par les résidents comme par les travailleurs sociaux, mais ensuite, elle n'a pas fait de vrai travail d'investigation sur le suivi des injonctions émises. Elle s'est contentée de recevoir des salariés "agréés" par la direction: c'est-à-dire ne faisant pas de vagues. Les équipes sont dans le déni, mais mon sujet soulève des confidences inattendues, notamment cette peur refoulée, mise de côté, de recevoir un mauvais coup, voire le coup fatal.

qu'en pensez-vous?

j'ai envie de rester sur le sujet de la fin de vie et de la confrontation à la mort tout en n'occultant pas la mise en jeu de la vie du travailleur social.

avez-vous ressenti cela? comment avez-vous géré?
vous sentez-vous dans un collectif de travail?

quelques questions en cours d'élaboration.

D'avance merci.

Bonne journée à tous. Valérie

en faisant mes recherches je suis tombée sur ce site, et j'aimerais savoir si des travailleurs sociaux ont envie de répondre à mes questions.



Dernière modification le jeudi 11 Décembre 2014 à 12:01:00

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Bonjour à tous,

hier j'ai fait le point sur ma recherche à l'enseignante : se pose la question de la solitude du travailleur social, celle des personnes que nous accompagnons, et l'abandon de la société. C'est en évoquant une visite au cimetière, où s'alignent les tombes des résidents dont pour certains je ne savais pas qu'ils étaient morts, que je me rends compte de l'ironie: le 1er novembre, c'est la section la plus fleurie du cimetière.
Du côté des soignants, certains m'ont dit que non seulement ils avaient à se confronter à la maladie et la mort, mais aussi à la possibilité d'amener la mort chez eux.

le travailleur social, comme le soignant, accompagnent, soignent, des hommes et des femmes stigmatisés par la société. Le stigmate contamine-t-il le travailleur au point que l'organisation du travail, la non reconnaissance des diplômes que vous évoquez ici, sont des symptômes du mépris, de l'ignorance de la société pour ceux qu'elle exclut, ou dont ces personnes peuvent s'exclure? Dans le soin, la mort est un échec.
Dans le social, on soigne le lien. voir les tombes et les noms, dans ce coin dédié, même pour ceux qui ont fini par se reloger, signe peut-être un échec, difficile à avaler.
Voilà, c'est une piste que l'enseignante me recommande de ne pas négliger.
Merci d'avance à ceux qui me répondront. Bonne journée à tous.

Dernière modification le vendredi 12 Décembre 2014 à 10:14:34

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Bonjour,
en allant sur l'adresse EJE facebook conseillée par Patrick je tombe sur une intervention d'Alain, je ne connais pas trop facebook et son fonctionnement, donc je ne sais pas s'il se moquait de mon message sur le forum ou pas. Peu importe d'ailleurs. Il m'a donné une idée: je me trompe peut-être de sujet. le vrai sujet, c'est la capacité de faire face à ses émotions, à celles des autres. Je crois que c'est là-dedans que je vais aller. L'agressivité d'Alain me l'a remis en pleine face (de bouc): mon sujet et mon questionnement sont ceux de beaucoup de travailleurs médico-sociaux. Beaucoup s'entendent dire "émotions, attention", juste milieu, bonne distance, dont l'enseignement parfois savoureux est dispensé par des êtres humains eux-mêmes gouvernés par leur affectif et leurs émotions.
parler de ses émotions, dont la plus grande, celle de mourir, de voir mourir, de souffrir, de voir souffrir, ça en dérange plus d'un.
j'interroge des hommes dans le cadre de mon enquête, et ils se confient, et ils ont eux aussi un sacré parcours derrière eux, pourtant, ils craquent, l'armure se fissure, et révèle tout ce qu'il a fallu cacher pour avoir toujours l'air d'assurer, de continuer à venir bosser, la peur au ventre,

non ma recherche n'est pas une vaste blague, Alain, et quiconque le croit. Je vais creuser et je découvre qu'il y a de la merde et plus qu'on ne croit, cela, qu'on soit homme ou femme.

mon sujet de départ, c'était bien: le travailleur médico-social confronté à la mort des personnes qu'il accompagne. (donc, vous voyez, Alain, c'était bien cela le sujet de départ, comme vous le pensiez).

et puis les travailleurs (parfois après trois heures d'entretien, ça demande du temps pour que la merde sorte des tripes, parce que ça fait mal de se rappeler, de se dire, de s'avouer qu'on en souffre, qu'on en a souffert, et qu'on y retourne quand même, parce qu'on aime notre travail, faire ce qu'on fait, malgré la totale absence de reconnaissance sociale, salariale, surtout pour les simples animateurs qui font le même taf que les diplômés du service, ceux-là, on n'en parle jamais, les salariés au Smic, à temps partiel, on en parle où?), donc les travailleurs ont dit des choses que j'avais refoulées: la peur du mauvais coup. Va dire à mon collègue qui a perdu l'usage de sa main après un coup de couteau qu'il aurait dû aller voir un psy pour avoir la signification cachée derrière cette violence, Alain, ça le fera rigoler sans doute, et se dire "ah bah si j'avais su, j'aurais pas venu".

Ton petit message facebook, Alain, il me met en colère.

il a le goût de cet employeur qui conseille à sa salariée, seule le week end avec une cinquantaine d'hommes autorisés à s'alcooliser, de rester dans la chambre de garde, finissant par lui dire "si t'avais peur, fallait pas venir".

il a le goût de ces directions aveugles sourdes et muettes qui n'ont pas un mot pour leur salariés insultés, menacés, frappés dans l'exercice de leurs fonctions.

le goût de ces financeurs qui constatent, font des injonctions, menacent de fermeture et ne donnent pas de moyens financiers, humains pour que cela cesse.

le goût de toutes les professions d'aujourd'hui, du médico-social d'aujourd'hui: individualisation maximale, responsabilisation de l'individu, du haut de ton omniscience d'homme routard du social et des psys (tu le revendiques Alain), tu écrases de ton mépris ceux qui tentent d'ouvrir une brèche dans un mur de silence, qui arrange tant de nos dirigeants, qui immobilisent tous les professionnels, qu'on renvoie devant leur miroir en leur disant: tu es trop sensible, et tu n'as plus qu'à TE réfléchir dedans.

sur ce, je vous laisse, merci de la bonne idée de travailler sur les émotions.

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Bonjour,
Comme de nombreux collègues j'ai été confronté à des situations de violence notamment pendant mes expériences professionnelles d'éducateur non diplômé en CHRS et à Alternative à l'incarcération.
Je n'ai pas fait de vieux os au CHRS. La première nuit un collègue s'est fait poignardé. L'agresseur s'est enfui. Le chef de service est arrivé 1 heure après l'agression. Il a minimisé et après avoir entendu mon collègue et moi-même il a simplement dit au blessé: tu n'as pas su désamorcer, ta réponse n'a pas été celle qu'il (l'agresseur pouvait entendre). Je suis rentré chez moi perplexe. Le lendemain je suis allé voir le responsable pour lui dire que je ne me sentais pas à ma place et j'ai signé une lettre de démission. A Alternative à l'incarcération, j'ai vécu une "émeute" de 12 jeunes qui nous ont sequestré ma collègue et moi. L'incident fut débattu par les éducs (noyau dur) et qualifié de nuit bleue. Ma collègue a été viré sous le prétexte qu'elle portait des tenues provocantes. Moi j'ai démissionné 2 mois après tellement j'étais dégouté par cette boutique. Le directeur et le fameux noyau dur buvaient du wisky pour tenir le coup face à la violence de ces jeunes qui venaient après avoir signé un contrat et ce contrat leur évitait la prison. La structure Alternative cumulait environ 500000 francs de déficit annuel. La structure n'existe plus. Pour bons et loyaux services ce directeur est devenu directeur de la communication à la sauvegarde pour l'enfance de la loire. et son boulot consistait à organiser 3 jours par an les journées de la communication...
Personnellement je pense que la violence est souvent institutionnelle, car les responsables se couvrent et rejettent la faute sur les éducateurs de terrain qui font ce qu'ils peuvent. Quand à la mort, la peur de la mort je pense que c'est au-delà de la pratique professionnelle, peut-^être que je n'ai jamais été confronté à ce genre de situation.

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