Les travailleurs sociaux libres

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Les assistantes sociales sont sur tous les fronts

Pas de pause pour les assistantes sociales

La profession est féminine à 95 %. Les assistantes sociales sont sur tous les fronts. Le chômage, la précarité, la maladie, la misère, le logement, la détresse et la crise fait de leur métier un des rouages essentiels de la lutte contre l'exclusion.

 

Une profession qui nécessite un haut niveau de formation (trois années d'étude après le bac), de la motivation et du courage pour un salaire équivalent au smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance).

 

Voici l'article

 

Journal LADEPECHE - Publié le 07/10/2012

 

Photo - assistante sociale

VOCATION

La profession est féminine à 95 %. Les assistantes sociales sont sur tous les fronts. Le chômage, la précarité, la maladie, la misère, le logement, la détresse et la crise fait de leur métier un des rouages essentiels de la lutte contre l'exclusion.

 

ELLES sont tout à la fois. C'est-à-dire des femmes qui écoutent et qui questionnent, des femmes qui auscultent et qui soignent, le dernier rempart avant l'exclusion, le lien le plus direct entre la société et ceux que la misère marginalise.

 

En somme elles sont, selon le joli mot de Ferré, nos « frangines » puisque c'est vers elles que convergent les détresses. De tous bords. De tous âges. De toutes nationalités. De toute religion.

 

Pour autant elles ne sont plus des petites sœurs des pauvres, qui prêchent la vraie foi. Elles ont certes la vocation - comment en serait-il autrement ? - mais outre les compétences juridiques et sociales requises pour exercer un métier sanctionné par un diplôme d'Etat, qui  s'obtient après avoir suivi trois années de formation poste-bac, il leur faut non seulement des « nerfs solides comme des câbles » mais une bonne dose d'optimisme chevillé au corps. Ce qui en somme ne s'apprend dans aucune université.

« Ils nous montrent leurs blessures »

Régine, blonde et souriante, et Martine la brune, énergique et pragmatique, pratiquent dans le quartier « sensible » de la Faourette à Toulouse - « sensible » mais encore paisible -, où les ados s'ennuient le dimanche à fleur de bitume, et font en semaine le tour des bancs publics. Et les courses au marché ou dans l'épicerie proche du centre social, qui ressemble à une petite épicerie de village du Sud avec ses poivrons et ses pois chiches à volonté...

 

« Nous, on ne fait jamais le marché sur place, et surtout on n'habite pas ici pour préserver notre vie privée, sinon on n'arrêterait jamais, on aurait les gens sur notre pallier à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Car il faut qu'ils nous racontent et même qu'ils montrent leurs blessures, là où ça fait mal ».

 

« Ils » ce sont les administrés, femmes, enfants, ados, adultes au chômage ou en cessation de paiement, qui sont reçus dans les permanences, qu'on va voir chez eux parfois quand la situation l'exige. Ce ne sont plus des dossiers anonymes, ce sont des êtres de chair et de sang. Prendre à bras le corps la vie des autres, quand tout va mal, n'est pas de tout repos. Non seulement ça prend du temps, mais ça prend la tête...

 

La vieille dame qui ne peut plus payer le solde de son chauffage l'hiver, le père de famille au chômage, la mère de famille célibataire sans travail et dépressive, c'est le quotidien, le B. A.-BA du métier. Si l'écoute ne suffit pas, tout commence néanmoins par là: « Les laisser parler, c'est commencer à leur redonner le goût de la communication, de la vie sociale. Car beaucoup de gens restent repliés chez eux, prostrés devant la télévision; alors, les engager à se déplacer, à venir même parler devant les autres, c'est le début d'une guérison. »

 

Le bureau des assistantes sociales n'est pas un cabinet de psy, il n'y a pas de divan, mais celui ou celle qui accepte d'y venir attend un secours moral et matériel. Des paroles et de l'argent. Une consolation mais aussi une solution à des problèmes quotidiens.

Quand leurs voitures partent en fumée

« Oui, en vingt cing ans, il y a eu une augmentation très nette de la précarité. Des gens qui se sont déclarés sans ressources et dont nous n'avions pas idée auparavant. Il y a enfin un vide juridique qui existe pour les jeunes ayant fini leurs études et qui n'ont pas 25 ans, âge à partir duquel on peut avoir droit au RMI. » Un colloque, qui vient de se tenir à Toulouse-Labège, posait la question: « Le lien social est-il en crise ou en mutation? ». Les deux à la fois sans doute et, dans l’œil de ce cyclone-là, les assistantes sont des fantassins - « On nous en demande de plus en plus » -, exposés à la misère des autres, aux moyens limités, quand ce n'est pas à la violence verbale et physique de leurs administrés.

 

Dans les quartiers « chauds » de Toulouse, certaines assistantes ont vu leurs voitures partir en fumée. Les risques du métier existent aussi bien dans ce genre de mésaventure que dans l'inventaire de chaque jour.

 

Mais la ville n'a pas le monopole des détresses et de la solitude. Le milieu rural n'est pas épargné. Autant dire que les carnets de rendez-vous des assistantes sociales de secteur ne désemplissent pas...

 

Qu'elles dépendent des conseils généraux ou des Caisses d'Allocations familiales (CAF)..., elles ont toutes la même analyse de la situation, unies par une solidarité qui dépasse le cadre professionnel. « Oui, il y a une aggravation des situations. Oui ce métier est prégnant... il n'y a pas d'autre mot. On ne peut pas le faire n'importe comment. Nous jouons le rôle de garde-fous.

Nous gérons l'urgence et le long terme, l'hébergement de la femme battue et la constitution de dossiers administratifs complexes... »

A la ville comme à la campagne

C'est peu de dire que le travail des assistantes sociales en ville ou en milieu rural est un travail de longue haleine. « Notre rôle aujourd'hui consiste à dire à certaines femmes particulièrement démunies: si vous pouvez, vous êtes capables de vous en sortir. De les aider à se prendre en charge. Dans les migrations de la ville vers le monde rural, il ne faut pas croire que la réussite est au bout. On change de lieu mais on n'a pas toujours le jardin dont on a rêvé... »

 

Le mercredi matin à Saint- Gaudens, Marie-Claire Boé, assistante sociale à la CAF de la Haute-Garonne, a fédéré un groupe de femmes dont la situation reflète hélas la crise qui affecte un bassin délaissé par l'industrie et où seul subsiste une activité touristique. Les femmes, toujours elles, sont les premières atteintes. Or celle-ci vient de créer son entreprise, cette autre veut reprendre des études d'horticultrice à Blagnac, et comment faire pour concilier le RMI, les dépenses du transport et de la « nounou » pour son enfant.

 

C'est plus vrai que nature. « L'intégration sociale à travers un travail de groupe » est une réalité qui prend corps lentement. Mais qui émerge enfin, sous forme de conversations, de confessions, de goûters en commun où l'on amène les enfants... Dans ces réunions, on prépare le départ en vacances en commun. « Parce que le loisir fait partie de la thérapeutique, parce que la communauté vous apprend à vivre sous le regard de l'autre... »

Les enfants maltraités

Pour autant, la confidentialité n'est pas exclue de la stratégie de l'accueil. Dans les box affectées aux permanences de la CAF, elle est de règle. Pas de témoins pour le traitement des dossiers familiaux douloureux.

 

Il faut ranger parmi ceux-ci les cas des enfants maltraités. Pour cette jeune assistante, blonde, allurée, et mère de famille depuis peu, comme pour toutes ses collègues, « les cas des enfants en maltraitance restent les cas les plus intolérables. Hélas ils ne sont pas en diminution. Il arrive que des grands- parents nous demandent d'intervenir. Nous allons sur place enquêter. » Dans ces cas-là, le terrain ne saurait aguerrir une âme tant soit peu sensible.

 

« Nous sommes toutes d'accord là-dessus... »: la décision de "signaler" se prend en groupe, jamais seule. On imagine que, dans cette pratique, les raisons d'un découragement sont plus nombreuses qu'ailleurs. Les raisons de se réjouir n'en sont que plus douces... La satisfaction bien sûr d'avoir ouvert une porte de sortie, d'avoir un bref moment déchiré le rideau des solitudes. Comme le jour où Andrée, à la CAF, a reçu un poème de Syndia en cinq strophes: « La mère abandonnée »...

« J'ai perdu la plus douce enfant et la meilleure » Allah charge mon coeur d'un trop pesant fardeau... » Andrée conclue: « C'est pour des minutes de grâce comme celles-ci que ce métier mérite qu'on lui donne le meilleur de soi. »

 

La Dépêche.fr

 

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31/01/2013

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