Les travailleurs sociaux libres

Les travailleurs sociaux libres

Les personnels du service social sont au bord de la crise de nerf

« Malmenés », les personnels du service social d’Haubourdin – La Bassée sont au bord de la crise de nerf

 

Les TSL soutiennent tous nos collègues en souffrance au travail...

 

Publié le 01/07/2013

Par MÉLISSA CHALIGNE

 

Les tensions sont vives depuis huit mois au sein de l’antenne du service social départemental de La Bassée-Haubourdin. En cause, des conditions de travail qui se seraient terriblement détériorées depuis l’arrivée d’une nouvelle cadre en octobre dernier. Après plusieurs alertes transmises en vain au Conseil général, les assistantes sociales, les CESF et éducateurs se sont mobilisés ce lundi matin, à Lille, avant la réunion du comité d’hygiène et de sécurité, pour faire entendre leurs droits.

 

« Irrespect, humiliations, intimidations, terreur » ; « estime de soi piétinée, compétences ignorées, travail bafoué ». Les mots étaient forts pour exprimer un véritable mal-être.

 

« Harcèlement », « mépris », « humiliations », « agression », « diffamation ». Les mots étaient nombreux ce lundi matin, pour exprimer les maux que disent subir depuis huit mois les travailleurs sociaux de l’Unité territoriale de prévention et d’action sociale (UTPAS) d’Haubourdin – La Bassée. Une trentaine d’entre eux, en majorité des femmes, se sont rassemblés devant l’entrée de service de la cité administrative de Lille – l’entrée principale leur avait été refusée, une volonté du conseil général de ne pas faire de vagues ? – pour dire « non à la violence managériale ».

 

En ligne de mire, Mme S., cadre à l’UTPAS, en poste depuis octobre 2012. Les souffrances sont multiples, mais toujours adressées à cette même personne. « Depuis qu’elle est là, je me sens infantilisée, j’ai l’impression que ce que j’ai fait avant ne sert à rien, notre professionnalisme est mis à mal », s’exclame une assistante sociale, la cinquantaine, au bord des larmes. Une de ses collègues, tout aussi à fleur de peau, ajoute : « Je n’ai jamais fait grève. Mais aujourd’hui vous pouvez voir tous les services représentés, car on souffre vraiment. » La plainte est unanime : « Il faut que vous fassiez quelque chose car sinon, on va tous craquer. Les arrêts maladies se multiplient, de plus en plus de collègues prennent des médicaments et viennent travailler la boule au ventre », explique une assistante sociale en poste depuis une trentaine d’années.

 

Changement

C’est le syndicat SUD Solidaires qui est à l’initiative de la mobilisation – il a reçu le soutien des élus FO, CGT et CFDT du comité d’hygiène et de sécurité (CHS) qui se réunissait hier. Ali Ben Fiala, représentant syndical SUD précise le but de la démarche : « Aujourd’hui, notre employeur (le Conseil général) met en route une conduite au changement, pour amener le profil de poste des salariés à évoluer. Il confie cette mission à des cadres qui n’en ont pas forcément les compétences. Cette conduite au changement se traduit parfois de façon violente, comme c’est le cas ici, par des notes de service, imposées sans ménagement, sans explication sur la nouvelle façon de procéder, sans marge de manœuvre permettant de prendre en compte les spécificités humaines sur le terrain. »

 

C’est peut-être cela la clé pour comprendre l’impasse dans laquelle l’UTPAS et le Conseil général se trouvent aujourd’hui. Des travailleurs sociaux déjà à fleur de peau à cause des situations de grande précarité, voire de misère, qu’ils sont amenés à traiter. Et des directives, appliquées par un management autoritaire, qui ne laisseraient plus assez de place à l’humain. « Dans notre travail, on parle de valorisation des personnes, de protection des plus faibles. Mais nous ne sommes pas entendus, nos droits sont dénigrés. On est au front tout le temps ; plus il y a de misère, plus on a de travail. Nous ne sommes pas réfractaires au changement, on s’est toujours adaptés. Mais si nos chefs nous mettent en permanence la pression en plus, un jour on aura un gros problème, tout va péter. Et l’image du Conseil général en ressort ternie… », déplore un agent du service social d’Haubourdin-La Bassée.

 

Applaudissement et cris de joie

SUD souligne que plusieurs interpellations ont été transmises depuis huit mois au Conseil général sur la situation critique de l’UTPAS, suite à une tentative de suicide d’une secrétaire sur l’antenne de La Bassée en décembre, et que rien n’avait été fait jusqu’à hier. Marie Fabre, vice-présidente chargée du dialogue social au sein du Conseil général, a répondu à ces accusations : « Nous avons demandé une enquête interne, réalisée auprès de 42 des 80 salariés. L’agent chargé de l’enquête a conclu que les liens pouvaient être retissés, grâce à un accompagnement. Aujourd’hui, il semble que la situation soit plus grave. Il n’est plus possible de retisser des liens entre ces agents et cette cadre, tous en souffrance (Mme S. est en arrêt maladie depuis un mois). Il faudra faire en sorte que le changement dans les modalités de travail soit bien accompagné, en tenant compte des réalités sur le terrain. »

Patrick Reix, DGS du Conseil général, descendu à la rencontre des agents, a assuré avoir entendu leurs plaintes : « Nous allons rechercher des solutions viables pour régler ces difficultés. Nous tiendrons compte de votre expression quasi unanime aujourd’hui et d’un management qui nous pose question, dans le respect de tous les protagonistes. Nous prendrons nos responsabilités. »

 

À la faveur d’une suspension de la réunion du comité d’hygiène et de sécurité, les représentants des agents ont rendu compte de l’avis rendu par ce CHS : « Il faut séparer les protagonistes, afin de retrouver un cadre de travail serein. » Les applaudissements et cris de joie ont fusé, la colère laissant place aux embrassades et aux larmes, contenues toute la matinée.

 

 

 



03/07/2013

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