Les travailleurs sociaux libres

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Touche pas à mes allocations familiales

Touche pas à mes allocs

En touchant au principe de l’universalité des allocations familiales, le gouvernement Hollande-Ayrault s’attaque au modèle social français et ouvre encore plus la voie de la privatisation de la sécurité sociale. Ce que la droite rêvait, Hollande du parti socialiste le fait.

 

 

En effet, les enjeux de cette réforme sont beaucoup plus importants qu'il n'y paraît. Depuis la création de la sécurité sociale en 1946, les fondements du modèle social français reposent sur deux grands principes : EGALITE et UNIVERSALITE. Ce qui veut dire que tous les citoyens, quels que soient leurs niveaux de revenus, peuvent prétendre à la même couverture sociale. 

Il n'y a d'ailleurs pas que les grands régimes de protection sociale qui soient assis sur ces règles. C'est le même principe qui régit tous les grands services publics, à commencer par celui de l'Education nationale.

 

Et, si c'est le cas, c'est parce que la fonction de redistribution des revenus repose sur l’impôt. C'est au travers de lui que le gouvernement pourrait taxer, s’il le souhaitait, davantage les revenus ou les patrimoines les plus élevés. 

 

Or malgré la promesse socialiste d’une « révolution fiscale », notre système fiscal reste ce qu'il est, gravement inégalitaire, avec des taux d'imposition élevés pour les couches moyennes et minorés pour les ultra riches. (Ainsi , Christine Lagarde, présidente actuelle du FMI est-elle non imposable ou le fils Fabius, à la fois non imposable et capable d’acheter un studio parisien de 250m2 à 7 millions d’euros). 

 

La mise sous condition de ressources des allocations familiales apparaît pour ce qu'elle est une banale mesure d'économie de bout de chandelle. « Une économie de moins de 0,1 % de la richesse annuelle du pays vaut-elle que ces principes soient remis en cause ? » dixit Serge Halimi dans le Monde diplomatique. Et même si une majorité de français semble approuver cette réforme, toucher à l’universalité des allocations familiales, c’est ouvrir la boite de Pandore.

 

En effet, si le principe de l'universalité des prestations est levé, il sera désormais possible de durcir les critères d'éligibilité pour les allocations familiales (alors que plus de la moitié des sommes distribuées par les caisses d’allocations familiales est déjà sous condition de ressources), puis surtout, en soumettant d'autres branches de la Sécurité sociale au même régime. 

 

Le risque étant de parvenir à une «société à deux vitesses» où il faudrait prouver ses faibles ressources pour avoir accès aux allocations familiales, à l'éducation gratuite, à l'assurance maladie, etc. Recevoir des allocations ou une couverture maladie deviendrait alors le signe distinctif des «miséreux». 

 

Progressivement, les critères d’attribution deviendraient de plus en plus restrictifs et son montant revu à la baisse, au point de ne bénéficier qu’à une infime partie de la population, jusqu’à ce que finalement cette allocation, son montant et le nombre de personnes bénéficiaires devenant dérisoire, sa distribution n’en serait que plus coûteuse et donc supprimée.

 

Certains pensent injuste de verser autant aux familles nombreuses de Neuilly, qu’à celles de Saint-Denis.

(C'est possible. En même temps, quitte à en choquer plus d'un, on habille son enfant comme on s'habille soi-même. Plus le niveau de vie est élevé, plus le coût d'entretien s'élève).

 

Mais ensuite, pourquoi s’arrêter ? On pourrait aussi réserver à ces dernières la gratuité de l’hôpital public, de la justice de l’école et de l’université publique, des réductions accordées aux familles nombreuses, des tarifs (subventionnés) des transports en commun, etc. Bref, tout ce qui relève de la politique sociale de l’Etat.

 

En lisant cet article, vous haussez peut-être les épaules en vous disant qu’il s’agit d’une vision alarmiste voire dénuée de tout sens commun. Pourtant il n’en est rien.

 

L’ensemble du système social français est fondé sur l'égalité républicaine. Il risque de s'effilocher, l'Etat-providence doit être au service de tous, de façon égalitaire. C'est au niveau de son financement qu'il faut assurer la solidarité et la redistribution : plus d'impôts pour les riches, moins pour les pauvres. Et non pas moins de solidarité pour tous.

 

En touchant aux allocations familiales, ce gouvernement de gauche ébranle le socle, le fondement de nos valeurs.



05/06/2013

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