Les travailleurs sociaux libres

Les travailleurs sociaux libres

« Il est inadmissible que des gens dorment dehors »

« Il est inadmissible que des gens dorment dehors »

Publié le 14/01/2013 à 11H00

 

De gauche à droite : Myriam Dahoumane, travailleuse sociale, Anna Zajac du MRAP

 

 

Sans moyen face à des besoins grandissants, les travailleurs sociaux sont au bout du rouleau et appellent avec les associations à la mobilisation.

 

Ce n'est pas un constat d'échec. Le mot est banni de leur vocabulaire. Juste un sentiment d'impuissance qui a grandi et qu'ils font éclater aujourd'hui au grand jour. Les travailleurs sociaux et les associations qui les accompagnent sont au bout du rouleau. Hébergement d'urgence saturé sur Troyes et l'agglomération, secours alimentaires submergés et au bord de l'asphyxie, ils évoquent leur action au quotidien avec des moyens qu'ils n'ont pas, qu'ils n'ont plus.


Avec le départ annoncé de 50 personnes du foyer de l'Adoma dans les prochains jours (voir libé du 8 janvier), la situation va encore empirer. Vendredi soir, il ne restait sur le département que quatre places d'hébergement d'urgence : une à Romilly, deux à Ervy et une à Piney « Concrètement qu'est ce qu'on fait ? » interroge Myriam Dahoumane, travailleuse sociale, membre de la commission action sociale de la CGT qui assure des permanences au SIAO, le regroupement d'associations qui gère le Samu social. « Aujourd'hui, il y a un gros problème d'accueil. Il est inadmissible que des gens dorment dehors » martèle-t-elle.


Certes, il y a la solution des trois nuits d'hôtel, seulement pour les femmes et les familles. « En ce moment, il n'y a plus de places d'hôtel… Parce que c'est les soldes » note amère Anna Zajac, du Mrap, l'une des quatre associations, avec Black Blanc Beur, Osons la solidarité et la Ligue des droits de l'Homme à se dresser aujourd'hui aux côtés des travailleurs sociaux pour crier au secours.
 

Avec « zéro ressource »


« Les jeunes n'appellent plus le 115 (NDLR le Samu social). Les hommes seuls, les itinérants dorment dehors ». Toute une frange des exclus parmi les exclus, aujourd'hui perdue, même pour les chiffres et les statistiques.


Les difficultés d'aujourd'hui sont, selon les intervenants sociaux, les conséquences de décisions prises hier. Telle la fermeture de l'accueil Baltet à Troyes en décembre 2011 avec ses 19 places en hébergement d'urgence, son restaurant social et son accueil de jour. Certes, les places d'urgence ont été rajoutées dans les différents foyers de l'agglomération mais c'est autant de places d'insertion qui ont été supprimées.


Cet automne, le conseil général qui gère l'auberge de jeunesse de Rosières, décidait de supprimer les places qu'elle mettait à disposition jusqu'alors en dépannage, rajoutant aux difficultés de ceux qui gèrent l'urgence.


Dans la tourmente de l'urgence sociale, il y a les demandeurs d'asile déboutés. « La plupart des personnes qu'on accueille ne sont pas expulsables » affirme Myriam Dahoumane. Sans droit à un hébergement, elles se retrouvent aussi avec « zéro ressource ». « Aujourd'hui il faut se battre pour un ticket de bus, un kilo de sucre ou un litre de lait. Des fois, c'est moi qui leur achète parce que j'en ai marre de quémander » reconnaît Myriam Dahoumane.


« Nous on veut la protection des populations, pouvoir accueillir tout le monde » réclame Suzanne Debelle, travailleuse sociale. « Humainement c'est insupportable » reconnaît, la voix chevrotante, Myriam Dahoumane « On voit des familles en grande souffrance, des gens avec des parcours difficiles. On a de plus en plus de besoins… Et on n'a plus d'argent ».


Connue depuis de nombreuses années pour être une battante, Anna Zajac avoue ce même sentiment d'être au bout du bout. « Ce n'était pas comme ça avant. On avait des solutions. Aujourd'hui, on n'en a plus ».

Les associations, les bénévoles et les travailleurs sociaux appellent à un rassemblement pour réclamer l'hébergement pour tous le samedi 19 janvier à 11 heures sur la place de l'hôtel de ville de Troyes.
 

 Hors la loi

 

Ne pas fournir un hébergement d'urgence, c'est aujourd'hui une façon de se mettre hors la loi considèrent les travailleurs sociaux qui ne sont pas en mesure de répondre aux besoins. Ils rappellent le code d'action sociale des familles qui prévoit depuis 2009 que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès à tout moment à un dispositif d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène »

 

Catherine HOUNAU

 

Source :

http://www.lest-eclair.fr/article/liberation-champagne/il-est-inadmissible-que-des-gens-dorment-dehors

 

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11/02/2013

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