Les travailleurs sociaux libres

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Quand le journal Le Monde prend la défense des travailleurs sociaux dans l'affaire Marina !

Quand le journal Le Monde prend la défense des travailleurs sociaux dans l'affaire Marina !

 

Dans cette triste et horrible "affaire" Marina, Le journal Le Monde publie un article écrit par Yves Faucoup ancien directeur d'un centre de formation de travailleurs sociaux, et ancien directeur de l'action sociale d'un département.

 

Une nouvelle fois, cet article vient clarifier la non responsabilité des personnels éducatifs et sociaux de la Sarthe. Merci monsieur Yves Faucoup pour votre article !

 

Voici l'article

Affaire Marina : qui est responsable ?

Le Monde.fr |27.06.2012 à 09h17 • Mis à jour le 27.06.2012 à 10h37

 

Par Yves Faucoup, enseignant dans le domaine de l'action sociale

 

Une loi du 5 mars 2007 a renforcé considérablement la responsabilité des conseils généraux dans la prise en charge de la protection de l'enfance, y compris en cas de maltraîtance. Jusqu'alors, les services sociaux de l'administration départementale intervenaient lorsque le danger encouru par l'enfant n'était pas trop grave, sinon la situation familiale était signalée au Parquet. Ce dernier pouvait alors saisir le juge des enfants. Suite au constat que, par crainte d'être mis en cause par la justice pour avoir tardé à réagir, l'administration avait tendance à trop signaler, la loi de 2007, par un retour de balancier, imposait un plus important traitement en amont, avant un éventuel signalement aux autorités judiciaires. C'est ainsi qu'actuellement, même si un enfant est en danger, les services sociaux doivent intervenir auprès de la famille, s'il y a possibilité d'évaluer la situation, et si la famille accepte l'intervention.

 

Dans le cas de la petite Marina, victime de la cruauté de sa mère et du compagnon de cette dernière, si l'on s'en tient à ce qui s'est dit lors des débats de la cour d'assises de la Sarthe, rapportés par la presse, on constate un certain nombre de contradictions.

 

L'affaire a été signalée par l'école au Parquet avec copie à l'aide sociale à l'enfance (département). Ce service ne serait pas intervenu, puisque le Parquet enquêtait. La presse s'en offusque, le président des Assises aussi. C'est ignorer ou dissimuler le fait que lorsqu'une enquête judiciaire a lieu, d'une part on peut estimer que ses enquêteurs ont davantage de moyens pour découvrir la vérité, d'autre part le plus souvent les autorités judiciaires ne supportent pas qu'une intervention parallèle ait lieu (ne serait-ce pour ne pas interférer dans le déroulement de l'enquête de la police judiciaire).

 

On découvre par ailleurs que le Parquet a classé l'affaire sans informer le conseil général. Ce dernier ne l'a appris qu'en interrogeant le Parquet. Pour expliquer cette anomalie, le président des Assises déclare : "La justice traite de l'infraction pénale, pas de la protection de l'enfance." Cette assertion, dénuée de tout fondement, tend à renvoyer la faute sur l'administration et dégager ainsi les autorités judiciaires (comportement classique dans ce genre d'affaire).

 

En juin 2009, l'hôpital signale au conseil général, preuves médicales à l'appui nous dit-on, que Marina a fait l'objet de nouvelles violences. Et ici ou là de s'étonner que les services du conseil général n'aient pas aussitôt saisi le Parquet. Sauf que l'hôpital ne l'a pas fait non plus, car il estimait que ce n'était que des "suspicions". On voit bien que dans la chaîne des responsabilités, malgré toutes les tentatives législatives de clarification, il subsiste des imprécisions, des malentendus et des comportements de "patate chaude". On n'hésite pas à reprocher tour à tour au service social de ne pas intervenir quand les autorités judiciaires sont saisies, et de ne pas les saisir quand lui-même intervient.

 

Il est certain que lorsque l'on connaît la fin tragique de l'histoire, il est tentant de chercher des coupables. Le calvaire qu'a subi cette enfant est tel que la colère publique (lire le déchaînement des internautes) ne peut se focaliser sur les seuls parents : leur crime dépasse l'entendement. Les accuser et les punir ne suffira pas à combler l'indignation publique. Alors chacun y va de son commentaire, ironise sur les indécisions, aimerait bien élargir le banc des accusés. La petite assistante sociale du secteur pourrait faire l'affaire. Pourtant, elle s'est préoccupée de la situation, elle a effectué plusieurs visites à domicile, parfois avec la puéricultrice.

 

Le président du conseil général de la Sarthe couvre ses agents, cela fait jaser mais il importe de rappeler que le service social n'a pas pour mission principale d'enquêter sur la maltraîtance éventuelle que subit un enfant. Il a bien d'autres missions. Sa proximité avec les populations explique qu'il lui a été demandé depuis longtemps de faire connaître les situations de maltraîtance dont il aurait connaissance et, de plus en plus, d'enquêter sur des affaires signalées par d'autres. Ce n'est pas un service de police, il n'a pas d'autorité particulière pour investiguer. Il travaille sur la parole des gens et sur ses propres constats. Dans ce cas précis, la famille a berné le service social, comme elle avait berné la gendarmerie. Y compris en déménageant plusieurs fois.

 

POUR DES ENQUÊTEURS SPÉCIALISÉS DANS L'ADMINISTRATION

Lorsque se produisent de tels événements, alors que le dispositif de protection de l'enfance est peut-être l'un des plus rodés dans le secteur social dans notre pays, la question des responsabilités se pose à nouveau. Des associations (Enfance et partage, L'Enfant bleu, Innocence en danger, La Voix de l'enfance) réapparaissent et se refont une notoriété. Bien que sur le terrain ce sont les personnels qu'elles mettent en cause qui effectuent 98 % du travail de protection, elles viennent donner des leçons, tenant quelques fois des propos insultants à l'encontre de travailleurs sociaux qui sont pourtant les premiers protecteurs de l'enfance en danger. Par ailleurs, elles n'hésitent pas à laisser entendre dans les médias que les 98 000 enfants en "danger" sont des enfants victimes de violences, des enfants maltraités. Ce qui, évidemment, est faux.

 

Cette affaire démontre que l'on risque d'assister à un nouveau retour de balancier dans le sens contraire (ce qui était prévisible) : l'administration se mettant à signaler très rapidement aux autorités judiciaires pour ne pas être mise en cause dans les prétoires. Mais, plus positivement, elle pourrait aussi conduire le nouveau gouvernement à mesurer justement les conséquences de la loi de 2007 : si l'administration départementale doit jouer un rôle accru dans l'accompagnement des familles et dans le dépistage des maltraîtances, alors les moyens financiers doivent être donnés aux départements pour assumer correctement cette tâche (ce qui n'a pas été fait jusqu'alors). Et peut-être ces départements devront réfléchir à la nécessité d'avoir des équipes d'enquêteurs spécialisés, en lien avec les professionnels sociaux de terrain, compte tenu de la fonction semi-judiciaire que la loi leur demande d'assurer.

 

Source :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/27/affaire-marina-qui-est-responsable_1724831_3232.html


Yves Faucoup est un ancien directeur d'un centre de formation de travailleurs sociaux, ancien directeur de l'action sociale d'un département.



20/10/2012

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