Les travailleurs sociaux libres

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Refondation du travail social : Organisation des assises de l'intervention sociale en 2014

Lutte contre la pauvreté et refondation du travail social : pour une mobilisation de TOUS les acteurs

 

 

 Organisation des assises de l'intervention sociale en 2014

 


 

Publié le 28 janvier 2013 Par Yves Faucoup

 

Jean-Marc Ayrault a rendu public le 22 janvier le Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et de lutte pour l’inclusion sociale, faisant suite à la conférence éponyme des 10 et 11 décembre 2012 (1). Les orientations du plan avaient été arrêtées la veille lors d’un comité interministériel de lutte contre les exclusions, comité créé en 1998 mais qui ne s’était pas réuni depuis… 2006, alors que la loi exige qu’il se réunisse au moins une fois par an. Ce qui en dit long sur l’intérêt que l’ancien gouvernement portait à ce sujet.

 

On peut se réjouir de la démarche transversale retenue : vingt ministères ont été mobilisés sur ce plan. Le premier ministre a tenu à faire lien entre la lutte contre les exclusions et l’accord sur la sécurisation de l’emploi et les contrats précaires. Il a relevé la diversité des participants aux travaux de la conférence : les services de l’Etat, les collectivités territoriales, les partenaires sociaux, les associations et les personnes en situation de pauvreté elles-mêmes. Il a insisté sur le fait que « cette participation de citoyens et de citoyennes directement concernés à travers leur vie personnelle, témoigne d’un changement de regard des responsables politiques vis-à-vis des personnes en grande difficulté ». « La page de cette stigmatisation et de cette culpabilisation doit être absolument tournée. Les personnes qui sont en situation de pauvreté ne l’ont pas cherché. On parle d’assistanat, la quasi-totalité des gens qui sont dans ces situations souhaitent en sortir évidemment, souhaitent en sortir pour être autonomes ». « Il fallait sortir de ce faux débat, de ce discours de stigmatisation et de culpabilisation et je crois que ce travail a été utile et il a fait progresser je dirais la société toute entière et le regard aussi d’une grande majorité de nos concitoyens sur la question de la pauvreté. » (2)

 

Malheureusement, les travailleurs sociaux étaient peu présents dans ces instances de réflexion. Pourtant, le Plan pluriannuel, au-delà des actions envisagées, a tout un chapitre intitulé « refonder le travail social ». Il est dit que «la posture traditionnelle des professionnels [du travail social] est remise en cause : on leur demande d’être à la fois experts des dispositifs, capables de construire des réponses individualisées, en prenant appui sur les compétences, les attentes et le rythme de l’usager, efficaces dans le traitement de masse des demandes et capables de s’inscrire dans des démarches collectives de développement social territorial ». « Ces injonctions, associées à des organisations du travail et des pratiques de management qui peuvent contribuer à isoler les travailleurs sociaux, peuvent être sources de repli et d’usure professionnelle. Elles peuvent également être sources de malentendus sur les responsabilités des travailleurs sociaux dans la mise en œuvre des différentes politiques sociales. »

 

Un plan d’action pour le travail social

C’est pourquoi le gouvernement envisage un plan d’action pour le travail social. Il s’agira d’organiser des assises de l’intervention sociale en 2014, regroupant professionnels, employeurs, usagers et territoires (avec des ateliers régionaux tout au long de l’année 2013), en vue de faire évoluer la formation initiale et continue des travailleurs sociaux et de dégager des bonnes pratiques. Des pistes sont déjà évoquées : expérimentation d’un fonctionnement en réseau et du référent unique. Elles mériteront d’être vite approfondies, tant ces deux orientations sont classiques et maintes fois proposées et souvent mises en pratique.

 

Le Plan s’inquiète du « déficit d’image » : une campagne de communication sera lancée cette année en vue de promouvoir ces métiers du social. L’ « appareil de formation », comme on dit dans le jargon, devra être modernisé afin que les établissements atteignent une « taille critique » (re-jargon) pour s’allier à l’Université et s’inscrire dans la recherche, expertise, coopération internationale. Est prôné le modèle des « hautes écoles professionnelles de l’action sociale ».

 

Il y a certainement des réformes à envisager dans les formations (qui ont toutes été profondément questionnées et modifiées au cours des huit dernières années, en lien avec les Régions dont c’est la compétence). Mais le déficit d’image c’est, entre autres, le fait que des métiers à forte responsabilité ne sont reconnus que Bac+2 (après, pourtant, trois années d’études, souvent après des études universitaires). Or le Plan ne dit rien sur ce sujet. Il existe un risque, par ailleurs, que l’on s’appesantisse sur les contenus de formation pour dissimuler les lacunes dans l’organisation même de l’action sociale.

 

L’avis des Directeurs Généraux des Services des Départements 

Dans un texte interne, mis en ligne il y a quelques mois sur le site du cg54 (3), des Directeurs Généraux des Services (DGS) des Conseils Généraux se prononcent en faveur de la reconnaissance au niveau licence des diplômes des travailleurs sociaux. Cette position a du faire chaud au cœur de ceux d’entre eux qui ont lu ce texte : si l’Etat retenait cette proposition (serpent de mer depuis des décennies), cela impliquerait l’accès au cadre A et une progression très nette des salaires (un assistant social de la fonction publique territoriale débute, aujourd’hui, à peine au dessus du SMIC).

 

Par ailleurs, ces DGS se sont penchés sur la question de l’action sociale aujourd’hui. Après avoir fait part de leurs inquiétudes sur l’accroissement exponentiel des dépenses sociales, ils défendent la nécessité de reconnaître la compétence des personnes suivies par les travailleurs sociaux et d’impulser des démarches de développement social. Bien sûr, ils n’évoquent pas ce qui empêche la mise en œuvre de ces approches : un peu le conservatisme de certains travailleurs sociaux, mais beaucoup une organisation institutionnelle qui ne favorise pas ces approches modernes, qui ne les impulse pas. Nombreux travailleurs sociaux se sont insurgés contre les effets pervers de ce que l’on appelle les dispositifs (si utiles soient-ils pour aider à la lutte contre les exclusions), dans lesquels ils ont le sentiment d’être transformés trop souvent en préposés derrière un guichet plutôt qu’en réels acteurs de terrain.

 

Ces DGS, percevant que l’action sociale ne peut pas être illimitée, incitent leurs agents à savoir lâcher prise (« les besoins sont infinis », écrivent-ils). Ils en appellent à un plus grand investissement des collectivités territoriales sur l’économie et l’emploi. Certes. Il faut certainement tout faire pour bien articuler l’insertion sociale et l’insertion professionnelle, l’économie et le social. Mais les conseils généraux n’ont pas à épuiser leurs ressources dans des dépenses qui ne relèvent pas de leurs compétences, ni à se transformer en Pôle Emploi et, de toutes façons, leurs services sociaux ont une action sociale à mener bien précise, et définie par les textes.

Ils finissent par une critique des contenus de formation des travailleurs sociaux : selon eux, la formation ne serait pas assez axée sur la réalité des collectivités territoriales et pas assez sur le développement social. Il y a quelques années, l’Assemblée des Départements de France (l’ADF qui réunit les Présidents des Conseils Généraux) avait sorti sur le sujet un brûlot bien vite retombé dans l’oubli. Comme à l’époque, il est à craindre que ces DGS ne connaissent pas bien, sinon pas du tout, le contenu de ces formations. Les réformes évoquées plus haut ont intégré pleinement ces questions (la certification le prévoit). Mais les centres de formation ont un gros problème : les terrains (les stages) n’étant pas axés sur le développement social local, les étudiants ont du mal à trouver les stages adaptés exigés par les textes officiels. Les DGS ont leur part de responsabilité dans cet état de fait.

 

En conséquence, que ce soit le Plan pluriannuel ou le texte des DGS, revenir sur les contenus de formation est peut-être à envisager, mais attention à ce que ce ne soit pas un exutoire qui évite d’aborder les vrais problèmes : comment les institutions conçoivent et organisent les articulations entre elles ? Comment elles affichent sans fard, fièrement le travail que leurs agents mènent sur le terrain ?  Les collectivités territoriales sont trop souvent silencieuses sur les questions et les missions qui les concernent au premier chef : enfance maltraitée, pauvreté, insertion (elles s’affichent davantage sur les personnes âgées et les personnes handicapées). Elles laissent, dans les médias, les associations (en particulier caritatives ou de « défense » de l’enfant) monter au créneau. Cette attitude est insupportable car elle révèle un refus d’afficher publiquement que ces questions il appartient aux pouvoirs publics de les traiter. On préfère trop souvent laisser croire au bon public que les petits enfants malheureux et les pauvres, ce sont quelques bonnes âmes qui leur viennent en aide. Évidemment, la dynamique lancée par le gouvernement actuel va plutôt à l’encontre de ce silence pudique, et c’est de bon augure.

 

Dans mon texte prônant «une véritable refondation de l’action sociale » (4), j’émettais le vœu qu’un appel officiel soit lancé pour une « forte mobilisation de tous les acteurs de l’action sociale ». De tous les acteurs.

 

Yves Faucoup, consultant et enseignant (action sociale et le développement social local).

 

Source:

http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/280113/lutte-contre-la-pauvrete-et-refondation-du-travail-social-pour-une-mobilisation-de-tous-les-acteur



10/02/2013

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