Les travailleurs sociaux libres

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Travailleurs sociaux de rue : ce métier de médiation si peu reconnu !

Travailleurs sociaux de rue

 

Un travail de lien et de proximité avec les jeunes et les familles sur du long terme. Les travailleurs sociaux de rue malgré toutes les difficultés qu'ils peuvent rencontrées, ne baissent pas les bras. Ils continuent de maintenir ce lein fragile mais indispensable, avec la population dans des quartiers.

 

Voici un article qui nous présente ces travailleurs sociaux de rue compétent et courageux dont on parle peu...

 

Éducateur de rue, ce métier de médiation si peu reconnu

Ces dernières semaines, à Marseille, les règlements comptes liés au trafic de drogues se seraient intensifiés. Le préfet de police Alain Gardère, un proche du président Nicolas Sarkozy, envisage en réponse à ces actes de délinquance la destruction à la dynamite d'un immeuble de la cité du Clos de la Rose afin de lutter contre les trafiquants de stupéfiants. Ce projet explosif ne restera peut-être qu'un effet d'annonce, cependant il nous rappelle de nouveau les illusions de la politique du "kärcher" et la nécessité de développer une véritable politique de prévention sociale de proximité.

 

Le "nettoyage au kärcher"

 

On se souvient tous de l'annonce, en juin 2005 à la Courneuve, du ministre de l'Intérieur de l'époque de "nettoyer au kärcher" la cité des 4000. Alain Gardère, ancien directeur de la Sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), avait accompagné le projet de la destruction dans ce quartier de la barre Balzac, symbole également du trafic de drogue.

 

Depuis notamment la "loi Borloo" en 2003, les opérations de "prévention situationnelle" liées à la rénovation urbaine ou à la lutte contre la délinquance se sont multipliées dans les quartiers dits sensibles, au détriment des actions de proximité et de prévention sociale. La "prévention situationnelle" a pour objectif majeur de prendre en compte la sécurité dans les aménagements des espaces pour réduire le sentiment d'insécurité.

 

Cependant, force est de constater sur le terrain, en tant que praticien éducateur de rue, que la prolifération des caméras de surveillance et les actions de "réhabilitation" des quartiers populaires n'opèrent pas de changements fondamentaux en matière de lutte contre l'insécurité. Les familles en situation de précarité sont déplacées dans d'autres quartier des villes et/ou dans des zones péri-urbaines. Les jeunes en situation de marginalité avancée se déplacent dans l'espace public percevant l'hypocrisie de ces projets d'aménagements paysager, de réhabilitation de l'habitat urbain. De fait, les tensions entre ces derniers et les services sociaux, et avec la police, se renforcent, alimentant le recours à la "débrouille", renforçant les filières de l'économie parallèle.

 

Pourtant, à l'image de nos cousins québécois qui viennent de créer à l'université du Québec à Trois-Rivières un certificat en Travail de rue et Travail de proximité, il existe des solutions pour réduire la marginalisation de toute une partie de la jeunesse de ces quartiers et donc en conséquence des faits de délinquance.

 

Un essentiel : le travail de rue

 

Le travail de rue existe depuis fort longtemps, les cafetiers et autres coiffeurs, gérants de magasins d'alimentation générale, etc, occupent une fonction prépondérante dans la création du lien social à l'échelle d'un quartier ou d'un village. Pour certains, ils recueillent les confidences, peurs, espoirs des habitants, et à l'occasion désamorcent des conflits, créent des passerelles.

 

Cependant depuis quelques décennies, dans de nombreux quartiers populaires, ces commerces de proximité disparaissent petit à petit, laissant place à des banques, assurances, et autres magasins de téléphonies. Ces transformations ont remanié de manière dense les relations qu'entretiennent les habitants des banlieues dans leurs rapports aux institutions de droits communs.

 

A l’heure de la réhabilitation de la police de "proximité", il devient nécessaire de former et de déployer dans nos quartiers populaires des travailleurs de rue de manière large, en complément des services sociaux de médiations et de prévention spécialisée. Comme le souligne le pédagogue québécois Gilles Lamoureux, "la complexité du travail de rue réside avant tout dans sa simplicité". Elle est avant tout une pratique subjective, affective (et non émotive) atypique et différente de d'autres formes d'interventions sociales. 

 

Les travailleurs de rue sont amenés à fréquenter tous les espaces non institutionnalisés. Il tente de développer une "présence signifiante" dans la durée au sein de l'espace public. Le but de cette activité est, dans un premier temps, de devenir un passant régulier dans le quartier afin d'établir des contacts avec les habitants, des jeunes en situation de marginalité avancée. Au fil du temps ils tentent des approches, ils sont "endurés" par les jeunes, puis peuvent développer des accroches, développer des relations de confiance avec certains d'entre eux. La présence régulière, têtue du professionnel lui permet de s'"encliquer" dans des réseaux, de s'"imprégner" du paysage du quartier, de créer des résonances" avec certaines personnes. Ce réseau de connaissances lui permet d'établir des passerelles, susciter des désirs, apaiser des tensions, évacuer des frustrations. Il développe au delà de la sympathie une forme d'"empathie méthodologique" avec les habitants du quartier.

 

Le travail de rue est un moyen et non une fin, il permet de nouer des relations sociales qui peuvent déboucher sur des actions éducatives à plus ou moins long terme. L'éducateur de rue est avant tout un médiateur, il occupe des "zones grises" d'où toutes les autres institutions sont absentes. En cela il est bien souvent le seul professionnel qui s'entretient avec les jeunes en situation de marginalité avancée, rejetant les travailleurs sociaux et "rejetés" des structures administratives et/ou scolaires. Le travail de rue représente donc bien souvent un "dernier filet" pour tous ces jeunes en ruptures sociales.

 

Ce travail social de proximité n'est pas qu'une vue d'un esprit romantique, comme le souligne le journaliste Philippe Pujol, dans le quartier nord de Marseille la "Savine". Le travail autour du tissu social a permis en trois années d'éloigner les dealers de la cité. Les éducateurs de rue en France tissent des liens sociaux inestimables dans les quartiers populaires, mais au nombre d'environ 4.000 ils restent trop peu nombreux et également peu reconnus.

 

Pourtant le développement du métier de travailleur de rue, de l'activité du travail de rue, reste un enjeu d'avenir pour prévenir et non détruire les espoirs de toutes une partie de la jeunesse de nos quartiers populaires.

 

 

David Puaud - Le Nouvel Observateur - 24 avril 2012

 

 

Source :

http://oral-de-concours.over-blog.com/categorie-12360593.html

 



29/04/2012

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